L'histoire
de l'Agriculture BIOLOGIQUE
De
la marginalité à la reconnaissance
La bio n'est pas née d'hier. Elle s'est petit à petit
construite par le travail acharné d'une poignée de "pionniers" :
conférences, formations, livres, revues... L'idée fait son chemin, malgré une
forte résistance des pouvoirs publics. La bio d'aujourd'hui repose en grande
partie sur leur héritage. Les "pionniers de la bio", aujourd'hui
regroupés en association, nous font partager leur vécu...
A notre
connaissance, le premier scientifique qui a employé le terme "agriculture
biologique" fut le Dr Delbet, membre de l'Académie de médecine.
Chirurgien dans les années 14-18, il découvrit le pouvoir anti-infectieux du
magnésium et son importance dans les aliments.
En 1934 le Dr Delbet annonce devant l'Académie de médecine : "aucune
activité humaine, pas même la médecine, n'a autant d'importance pour la santé
de l'homme que l'agriculture".
Pourtant à cette époque, à part peut-être les régions de grandes cultures,
peu d'agriculteurs utilisent intensément les engrais chimiques. Existaient le
Comptoir Français de l'Azote, la Société Nationale des Scories Thomas, la
Société Commerciale des Potasses d'Alsace, d'où l'appellation NPK (Natrium =
azote, Phosphore, Kalium = potassium), toutes ces sociétés étant liées
directement à l'Etat.
L'agriculture
de nos grands-pères n'était pas bio !
La très grande majorité des "paysans" (et non pas exploitants)
pratiquaient une agriculture traditionnelle basée sur la polyculture-élevage.
Ainsi était respecté un certain équilibre entre la matière organique végétale,
en particulier les pailles de blé et de céréales secondaires orge-avoine et
l'apport de matières organiques par les déjections animales. Elles servaient
de "graisse" pour obtenir un meilleur rendement et apportées en
grande quantité sur les précédents à céréales (cultures antérieures) tels
que betteraves, choux, et pommes de terre.
Par nature, le fumier de ferme ne peut être biologique car il est surchargé en
azote et en potasse et l'épandage du bon vieux "beurre noir" se
traduisait par une sortie importante de mauvaises herbes due au déséquilibre.
Heureusement, il y avait le cochon... Ces mêmes déséquilibres provoquaient
une sensibilité à la pourriture et au parasitisme (pucerons, doryphores).
D'autre part, l'utilisation du purin sur les prairies assurait à coup sûr une
belle poussée d'herbe mais occasionnait en même temps des diarrhées et des
carences en cuivre anti-infectieux, ainsi qu'en oligo-éléments, dues à l'excès
d'azote (peu connu à l'époque). C'était en fait un parasitisme latent qui
s'installait.
L'agriculture biologique n'est pas le simple fait d'employer des fertilisants
naturels (le fumier est naturel), l'agriculture biologique - la vraie - est la
synthèse qui réunit dans un même objectif la recherche de la fertilité de la
terre et la santé de l'animal et de l'homme.
La
vulgarisation des engrais
Dès 1948, les organismes agricoles lancent les cours d'agriculture par
correspondance. En matière de fertilisation NPK, ils s'appuient sur les travaux
de Liebig (baron Justus von Liebig, chimiste allemand 1803-1893) : "Pour
faire sa végétation, une plante exporte des éléments minéraux NPK du sol
qu'il convient de rapporter sous forme d'engrais contenant en eux-mêmes les éléments
exportés". C'est la théorie de l'exportation-restitution de Liebig.
Dans les années 50, il faut produire (années d'après-guerre) et cette théorie
de Liebig va servir de prétexte à l'emploi de plus en plus massif d'engrais
NPK en oubliant que la plante exporte beaucoup d'autres éléments que la
trilogie NPK, notamment le magnésium, le cuivre et autres oligo-éléments.
Pourtant Liebig a reconnu honnêtement qu'il était parti d'idées et de
recherches entièrement fausses :
"Je confesse volontiers que l'emploi des engrais était fondé sur des
suppositions qui n'existaient pas en réalité. Ces engrais devaient amener une
révolution complète en agriculture. Le fumier d'écurie devait être complètement
exclu et toutes les matières minérales enlevées par les récoltes remplacées
par des engrais minéraux.
L' engrais devait donner le moyen de cultiver sur un même champ sans
discontinuer et sans épuisement toujours la même plante, le trèfle, le
froment etc. selon la volonté et les besoins de l'agriculteur...".
Cette insuffisance de la théorie NPK reconnue par Liebig est démontrée par
deux grands savants de la même époque :
- Les travaux de Claude Bernard (1813-1878) sur l'immunité naturelle : "Le
microbe n'est rien c'est le terrain qui est tout".
- Les travaux de Pasteur (1812-1895) sur la dissymétrie moléculaire, apanage
de la vie : "Tout ce qui est artificiel est symétrique et mort parce
que inerte sur la lumière polarisée".
Au contraire, les matières organiques, les produits que fabrique la matière
vivante ont la propriété de dévier le plan de la lumière.
"Chimiquement", deux corps peuvent avoir la même structure moléculaire
mais réagir à l'opposé sur la lumière polarisée. Le biologiste ne s'y
trompe pas.
De par le monde, des chercheurs se penchent aussi sur la vie du sol tels
Guillarov, professeur à l'Académie des sciences de l'URSS, Dokoutchaïev,
fondateur de l'Ecole russe de pédologie (1890), ainsi que Kubiena, en Autriche,
Stebaïev en URSS, sans parler de Darwin qui a souligné il y a 150 ans le rôle
considérable joué par les vers de terre dans la formation des sols.
Dans les années 1950-1960, l'emploi des engrais NPK, selon la théorie de l'exportation-restitution,
s'est généralisé.
Partant sur des sols riches en humus, les résultats ont été spectaculaires et
c'est ainsi que pendant la campagne 1964-1965, il a été employé en
agriculture : 874.000 tonnes d'azote (N), 1.270.000 tonnes d'acide phosphorique
(P) et 971.000 tonnes de potasse (K exprimé en K²O).
Ces chiffres sont exprimés en éléments purs c'est-à-dire en unités
actives d'éléments NPK (ainsi dans un sac de 100 kg d'ammonitrate, 33,5 %
d'azote, il y a 33,5 % d'élément pur). On peut ainsi imaginer le tonnage brut
d'engrais épandu pendant cette campagne 64-65... Qu'en était-il dans les années
75 ?
Au fur et à mesure de l'emploi généralisé des engrais NPK, les déséquilibres
s'installent, les carences et les maladies apparaissent, les terres se glacent
(elles refusent les échanges d'eau), le labour est de plus en plus profond (une
"semelle de labour" qui empêche la pénétration), la vie microbienne
est plus qu'appauvrie, on brûle les pailles, la terre est devenue seulement
"le support" neutre des plantes ainsi que le pensait Liebig...
Et pourtant; En 1959, André Birre édite une brochure intitulée "un grand
problème humain : l'humus". Cette brochure était déjà un véritable cri
d'alarme.
Les prémisses
Depuis 1910, un homme, Raoul Lemaire, suit passionnément le cheminement de
l'agriculture française en travaillant sur l'amélioration de la valeur boulangère
des blés afin que les meuniers ne soient plus tributaires des importations (du
Manitoba, au Canada) nécessaires pour obtenir une bonne farine panifiable (vu
la faible qualité des blés français de l'époque).
En 1925, dans sa station expérimentale de Roye, dans la Somme, il utilise des
engrais organiques et magnésiens. Dès 1928, il obtient la médaille d'Or au
Concours général agricole de Paris pour ses travaux et ses obtentions de blés
de force (record du monde de la valeur boulangère, exprimée en W, avec une
valeur de 697, supérieure à celle du Manitoba canadien).Il devient meunier et
boulanger.
En 1931, il ouvre la première boulangerie à Paris fabriquant le "pain
naturel Lemaire" que l'on peut dénommer "pain biologique".
Il s'intéresse aux travaux de Pfeiffer, créateur de l'agriculture biodynamique,
Syke en Angleterre sur la relation sol-agriculture. Il a travaillé avec
Joliot-Curie sur l'irradiation des blés ("j'ai vu la mort"
disait-il).
Il a côtoyé le Dr Paul Carton qui démontrait le rôle néfaste des erreurs
alimentaires, connaissait les travaux de Quinton sur les propriétés de l'eau
de mer, source de vie (plasma de Quinton), de Delbet sur le rôle du magnésium
dans le cycle du monde vivant (végétal, animal et humain).
En 1957, les vétérinaires s'inquiètent des maladies qui frappent de plus en
plus les cheptels en précisant que l'on ne referait pas la santé des animaux
à coup de seringues...
En septembre 1957 a lieu le congrès des vétérinaires de Reims sur :
"l'explosion des maladies frappant le cheptel : fièvre aphteuse,
tuberculose, stérilité". Les causes : traitement du sol par la chimie et
l'alimentation artificielle des animaux. Les solutions proposées : apporter à
la terre des produits et amendements biologiques et aux animaux une alimentation
naturelle. Et le voeu de la section des vétérinaires des Hautes-Pyrénées : "la
terre est un produit biologique qui s'accommode mal du mariage avec tous les
produits chimiques minéraux que l'on déverse sur elle. Il faut apporter à
cette terre des produits et des amendements biologiques".
Le 17 juin 1959, lors d'une déclaration à l'Académie d'agriculture,
l'inspecteur général De Croutte informe ses confrères qu'il n'y a ni fièvre
aphteuse ni tuberculose dans les domaines qui utilisent en fertilisation le
lithothamne des Glénans (algue marine bien connue des agrobiologistes).
Dès qu'il a pris connaissance de ces travaux, le Pr Lemaire se procure
l'analyse de cette algue riche en magnésium et en oligo-éléments.
Sa conviction jaillit d'un trait : il est maintenant sûr de pouvoir réaliser
une agriculture bio grâce à cette algue vivante dotée d'un véritable pouvoir
rééquilibrant. Il va aux sources et rencontre Charles Roudaut à Hennebont,
fondateur des industries du lithothamne vivant des Glénans et entreprend une
expérimentation généralisée à travers la France. A cette date - 1959 -
on peut dire que l'agriculture biologique est née.
Avec ses fils Jean-François et Pierre-Bernard, il parcourt les campagnes de
France, rencontre les sympathisants de ses actions passées, les agriculteurs
multiplicateurs de ses blés pour les inciter à travailler autrement et à
fertiliser les sols d'une autre façon.
Parallèlement, l'agriculture biodynamique issue des travaux de Pfeiffer est
implantée en France par le regretté Xavier Florin.
Parallèlement encore, le Pr Jean Boucher, licencié ès sciences, à ce
moment-là directeur des services de la protection des végétaux pour la
Loire-Atlantique, consommateur du pain naturel de Raoul Lemaire (ils ne se
connaissaient pas), s'inquiétait des conséquences de l'emploi des produits
chimiques en agriculture.
Ayant fait ses études en 1936 à Versailles avec pour spécialisation la
biologie des sols, il était le préparateur de Chaminade, professeur
d'agronomie, et découvre les travaux de Howard (Sir Albert), agronome anglais
spécialiste de l'amélioration de la fumure organique.
Dès 1956, il adhère à l'AFRAN du Dr Bas (Association Française de Recherche
pour une Alimentation Naturelle).
En mai 1958, il crée le Groupement d'Agriculture Biologique de l'Ouest.
En juin 1961, c'est la création de l'AFAB (Association Française d'Agriculture
Biologique, qu'il dirige toujours) avec notamment André Louis et Mattéo Tavera.
(La séparation de ces pionniers se fera en 1964 lorsque le Pr Boucher rejoindra
Raoul Lemaire).
La rencontre décisive qui mit en relation les animateurs de l'équipe Lemaire
et le Pr Boucher eut lieu le 23 juin 1963 à St Martin-en-Haut, dans les Monts
du Lyonnais.
C'était l'époque de la prophylaxie de la tuberculose bovine. L'objectif étant
d'éliminer les vaches tuberculeuses par un test tuberculinique, hélas non spécifique...
L'ennui était que les vaches atteintes de tuberculose ne réagissaient pas
souvent alors que les vaches saines réagissaient. Il fallait donc les faire
abattre !
Ce procédé avait provoqué un refus de la part de certains éleveurs et c'est
pourquoi nous étions intervenus avec Raoul Lemaire pour faire partager ses
connaissances, et le Pr Boucher les siennes.
Avec le recul du temps, nous pensons que la première priorité était de rendre
les étables beaucoup plus saines afin que le microbisme ne trouve pas de
terrain favorable selon le principe de Claude Bernard "le microbe n'est
rien c'est le terrain qui est tout".
La
culture biologique se fait connaître
Cette rencontre dans les Monts du Lyonnais fut le départ d'une formidable
expansion de l'information en faveur de l'agriculture biologique.
Des centaines de correspondants de Raoul Lemaire, ses amis, artisans et commerçants,
tous ou presque d'origine paysanne se firent les porte-parole de cette culture
sans engrais ni traitements chimiques de synthèse.
Une équipe se met en place autour de Raoul Lemaire pour étoffer son action.
Début 1964, le Pr Boucher rejoint Raoul Lemaire et c'est la naissance de la
"culture biologique méthode Lemaire-Boucher".
Dans toutes les régions de France, des gens sont en place et ce sont des
centaines ou plus exactement des milliers d'agriculteurs qui assistent aux conférences
du Pr Boucher et aux exposés fougueux de Georges Racineux, pionnier
indiscutable dans ce genre d'exercice mobilisateur.
Ils sont là pour convaincre les agriculteurs de changer d'orientation, la
grande presse commence à divulguer les méfaits de l'utilisation des produits
chimiques, notamment les traitements, les désherbants, les pesticides et les
insecticides. Le grand public est informé par des revues ou des livres (épuisées)
dont :
- "Printemps silencieux" de la biologiste américaine Rachel
Carson. "le livre qui fera peur aux Français" titrait Paris-Match en
couverture. Livre qui a eu l'immense mérite de faire comprendre le danger des
produits chimiques utilisés massivement, sans protections.
- "Menaces sur notre vie" du Dr Pesch aborde les conséquences
dramatiques de l'utilisation des antibiotiques dans l'alimentation animale, en
particulier sur le phénomène des morts subites.
En avril 1964 paraît le journal Agriculture et Vie dirigé par le
regretté Pierre-Bernard Lemaire.
Face à l'obstruction de la presse officielle devant le phénomène de
l'agriculture biologique, il était nécessaire de faire connaître les bons résultats,
obtenus notamment en élevage, d'informer les lecteurs sur les visites de
fermes, les conférences...
Tous les articles de scientifiques et chercheurs tirant la sonnette d'alarme,
ignorés ou mis à l'index de la presse spécialisée trouvaient leur place dans
Agriculture et Vie. Ainsi le grand public a découvert au fur et à mesure les
travaux de Kervran sur les transmutations biologiques, ceux de Louis-Claude
Vincent sur la bioélectronique, ceux du Dr Sévelinges sur l'aromathérapie et
combien d'autres.
En novembre 1964, le Dr Reding, secrétaire général de la Ligue pour la
protection du cancer, agrégé de la faculté de médecine de Bruxelles, déclare
: "...l'espèce humaine, comme l'écrit Jean Rostand, [est] directement
menacée dans la qualité de son patrimoine héréditaire. C'est là une
conclusion à laquelle il est bien difficile d'échapper. En abîmant les gènes
on fait peut-être pire que trier, on crée de la mauvaise vie, on met en
circulation des mauvais gènes qui continueront à proliférer indéfiniment.
Les intérêts économiques invoqués pour justifier les outrances de la
technique n'ont aucune mesure avec l'intérêt de l'intégrité de notre
patrimoine génétique dont dépend la promotion ou la déchéance physique et
intellectuelle de l'homme".
Les
agriculteurs bio s'organisent
Le 1er juin 1964 a lieu le premier rassemblement des agriculteurs pratiquant
l'agriculture biologique à Chateaubriand. Sont précisées les premières règles
de cette agriculture :
- Amélioration de la fumure organique par le compostage.
- Suppression des labours profonds (humus en surface).
- Cultures dérobées, engrais verts (gyrobroyage).
- Sous-solage (pour casser la semelle de labour), aération des prairies
(naissance de la machine dénommée "Fouilleuse").
- Assolement, rotation des cultures.
Ces définitions sont approuvées par plusieurs centaines d'agriculteurs qui créent
le premier syndicat de l'agrobiologie présidé par M. Meynard, inventeur
de la Fouilleuse.
Agriculteurs
et consommateurs : un lien indissoluble
Savoir ce que l'on mange, savoir comment l'aliment est cultivé ou préparé,
c'est ce que l'on appelle aujourd'hui la traçabilité.
Les 21 et 22 juin 1964 se tient à Chabanais-en-Charente le premier congrès de
l'ANDSAC (Association Nationale pour la Défense de la Santé du Consommateur)
sous l'impulsion de Gustave Marchives.
La revue Alimentation et Santé de septembre 1964 publie le manifeste de l'ANDSAC
qui soulève entre autre "la nécessité d'une réglementation stricte
de l'emploi et de l'utilisation des engrais chimiques de synthèse et des
produits toxiques de traitement en agriculture" et exige des pouvoirs
publics qu'ils établissent et fassent respecter cette réglementation.
Une commission de contrôle de la qualité biologique établit les bases du
premier cahier des charges et définit les règles des contrats qualificatifs
que les agriculteurs doivent respecter.
Un mois plus tard, les 17 et 18 octobre 1964, se tient à Lausanne le congrès
international pour la santé publique dont Raoul Lemaire devient le président
d'honneur.
1964 :
grande année pour l'agriculture biologique
C'est la naissance au printemps de Nature et Progrès, association créée par
Roland Chevriot, André Louis et Mattéo Tavera. Le secrétaire général est
Claude Aubert, jeune ingénieur agronome qui avec Claude Monzies donne un
rayonnement remarquable à cette association qui séduit les milieux
intellectuels et qui sont, en fait, à la base du mouvement écologique très
souvent inspiré de Rudolf Steiner.
Deux conceptions se font jour : certains agriculteurs trouvent la maison Lemaire
trop commerciale et rejoignent Nature et Progrès. Les agriculteurs ont le choix
des services proposés.
Nature et Progrès organise d'importants congrès tels qu'à Nancy, Tours,
St-Malo (qui voit disparaître au retour André Louis et Mattéo Tavera),
Ste-Geneviève-des-Bois, Bordeaux, etc.
L'année 1964 se termine en coup de tonnerre par un article qui secoue le monde
de l'élevage :
Le Dr Quiquandon, en exercice à Buxy (Saône-et-Loire) ose écrire : "l'animal
a fait la preuve que les engrais sont nocifs" en démontrant les conséquences
néfastes sur les bovins charolais.
Quelques mois plus tard un autre article précise : "si les engrais sont
chers, les utiliser coûte encore plus cher".
Il confirme ainsi les remarques du grand savant André Voisin (1902-1964), diplômé
de l'Ecole supérieure de physique et de chimie de Paris dont les ouvrages les
plus célèbres restent : "Sol, herbe et cancer" et "Tétanies
d'herbage".
Quelques années plus tard, en 1969, le Dr Quiquandon accepte avec courage de
rejoindre l'équipe Lemaire. Du courage il en fallait; ses écrits avaient dressé
contre lui la quasi-totalité de ses collègues vétérinaires.
Les éleveurs de Charolles (village de Bourgogne) se souviennent sans doute de
cette réunion (véritable tribunal) où le Dr Quiquandon fut condamné par ses
pairs... mais ovationné par les éleveurs qui appréciaient ses compétences et
ses résultats.
N'a-t-il pas été décidé qu'il méritait "12 balles dans la peau
!" Cette condamnation orale a provoqué la parution de trois livres célèbres
intitulés "12 balles pour un veto".
Véritable bible d'une richesse exceptionnelle en informations et soins homéopathiques
et d'aromathérapie, cette trilogie du Dr Quiquandon a fait avancer l'élevage
en bio d'une façon radicale.
Il a publié depuis un monumental livre sur l'homéopathie vétérinaire dont
tous les praticiens d'aujourd'hui se réfèrent.
L'alimentation
bio se développe
Dans le domaine de la consommation c'est la mise en place des premiers
boulangers fabriquant le "pain biologique Lemaire". Ces boulangers
sont conseillés (notamment pour le levain) par deux spécialistes, boulangers
de profession, Gérard Barbé et Pierre Boussinet, contrôleurs attentifs de
jour et surtout de nuit (300 boulangers sous contrat en 1968).
Les magasins La Vie Claire, créés par Henri-Charles Geffroy et Michel Rémy
sont les premiers magasins défendant une alimentation saine. Henri-Charles
Geffroy est le grand pionnier de l'alimentation bio.
Dans le domaine du jardinage André Biard, jardinier-chef au château d'Angers
(jardin en bio), écrit pour les jardiniers : "Mon jardin sans engrais
chimiques".
Un camion caravane sillonne les marchés et foires de France pour faire connaître
l'agriculture et l'alimentation bio avec René Boyer, instituteur agricole.
Agriculture bio contre agriculture chimique
En avril 1965, les agriculteurs forment le syndicat de défense de l'agriculture
biologique. Les visites de cultures attirent plus de 15.000 agriculteurs et
consommateurs. Les informations données (compostage, fertilisation)
"agacent" les tenants de l'agriculture classique, notamment à propos
du NPK et des pesticides...
Le bulletin des engrais, de décembre 1966, annonce la première attaque : deux
ingénieurs agricoles vantent les résultats obtenus sur du ray-grass à
condition de recevoir une forte fumure azotée, l'engrais étant le premier
outil de l'agriculteur...
Le 17 juillet 1966, M. Boischot, ancien directeur de l'INRA affirme : "les
apports d'engrais agissent très peu sur la composition des récoltes. C'est
pourquoi il est illusoire de demander à consommer des aliments dits
"naturels" c'est-à-dire provenant de cultures sans engrais car leur
composition est rigoureusement la même que celle obtenue avec des fumures minérales".
Nous savons en l'an 2000 que cette docte affirmation était fausse (travaux du
Pr Henri Joyeux).
En 1967 sont créés les cours d'agrobiologie par correspondance dirigés par
Daniel Pécot.
Les visites de cultures se poursuivent avec, en soirée, des réunions
d'information avec films et diapositives pour un public en recherche de
connaissances (on en parle tant !).
Une usine de fabrication de fertilisants à base de lithothamne est construite
à Lorient, dirigée par Pierre Caillot.
Un laboratoire d'analyse des sols et des végétaux est créé à la demande du
Pr Boucher, assisté de Michel Ordonneau, microbiologiste.
Un camion magasin d'alimentation informe les consommateurs sur les marchés.
En février 1968, le Pr Boucher rédige le "Précis de culture
biologique", ouvrage remarquable sur l'historique, les bases
scientifiques et l'agronomie pratique de l'agriculture biologique, le livre de
chevet des agriculteurs agrobiologistes (réédité cette année 2000 par
l'association "Les Pionniers de la Bio").
Lors du congrès du syndicat des agrobiologistes en avril 1969, le président
Emile Barbaud place la culture biologique au coeur du combat pour la vie sous
toutes ses formes.
Le bureau national est composé d'agriculteurs se dépensant sans compter pour
le développement de la bio. Ce bureau est déjà représentatif de l'aspect
national de l'implantation de la bio : Raymond Godefroy, de la Manche, Joseph
Lailier, de l'Isère, M. Grossetête, de Haute-Saône, Maurice Defaye, de
Haute-Vienne, M. Kramp, d'Alsace, Paul Tricot, de Vendée, Henri Morille, du
Maine-et-Loire, Gaston Ladois, du Gers, Jean Guigue, du Gard. Les véritables
pionniers de la bio, parmi d'autres, sont là.
Création de la première foire aux produits biologiques de France à
St-Maixent-l'Ecole dans les Deux-Sèvres.
Structures
et développement
En 1969, les outils sont place :
- Un service technique avec le Pr Boucher et A. A. de St-Hénis.
- Un laboratoire d'analyses.
- Un service vétérinaire avec le Dr Quiquandon assisté de Jacques Lagrange,
élève du Dr Sévelinges, fondateur des laboratoires Phytaroma à
Bourg-de-Thisy, Rhône, spécialiste de l'aromathérapie vétérinaire.
- Une unité de fabrication de fertilisants.
- Un service de cours d'agronomie par correspondance.
- Une édition de presse (Agriculture et Vie).
Il s'agit d'assurer et de coordonner la présence sur le terrain. Ainsi sont créées
les régions chapeautées chacune par un responsable de région (environ huit départements),
épaulé par un conseiller technique et des agents sur le terrain : Georges
Racineux pour l'Ouest, Jacques Monin en Rhône-Alpes-Bourgogne, Claude Artur
dans le Nord, Rémi Artur pour l'Est, Roger Sole pour l'Hérault et Jean Peneaud
dans le Sud-Ouest.
Plus de 350 personnes sont présentes chaque jour sur le terrain, en visite ou
en prospection. Il faut bien savoir que tous ces hommes n'étaient pas les
salariés d'une entreprise mais des travailleurs indépendants issus du monde de
l'artisanat, du commerce ou de l'agriculture, mais tous avaient compris
l'importance de l'agriculture biologique pour l'agriculture et la santé de
l'homme.
1970 :
grande année entre toutes
1970 c'est l'année de la protection de la nature. Pour la première fois en
France, l'agriculture biologique est présente au grand jour à la porte de
Versailles (Salon de l'Agriculture). C'est l'époque de pointe de l'emploi des
engrais et des pesticides... Toutes les grandes sociétés sont présentes sur
des stands énormes.
Quel entourage pour un îlot de 50 m² consacré à l'agriculture biologique !
Notre stand est pris d'assaut par les élèves d'écoles d'agriculture, nous
sommes harcelés par les représentants des firmes d'engrais et de pesticides.
Les professeurs d'écoles d'agriculture demandent à l'INRA de Grignon de faire
un solide dossier pour bloquer le développement de l'agriculture biologique.
En novembre 1970, à Evron dans la Mayenne, 1.500 personnes assistent à un débat
mémorable : les pour et les contre !
1970 : première boucherie bio à Niort dirigée par Marcel Couzin.
1971 : deuxième participation au salon agricole de Paris. Même ambiance !
Avril 1971 : congrès du syndicat des agrobiologistes. Les commissions de
travail définissent et mettent en forme les règles et les garanties pour la
commercialisation des producteurs.
En juillet 1971 sont publiés dans "Agriculture et Vie" les premiers
contrats de garantie du sol à la table. Contrat boucherie, charcuterie,
primeurs, épicerie, productions laitières, arboriculture et viticulture.
Chaque producteur s'engage par écrit avec l'attestation syndicale du département.
Les contrôles sont effectues par les syndicats et les agents de terrain qui
connaissent chaque parcelle cultivée et chaque agriculteur engagé. C'est la
"traçabilité" qui prend forme. Une étape importante est franchie
cette année-là.
Octobre 1971 : stand au premier salon de la protection de la nature à Rouen.
Toutes les grandes sociétés de l'industrie chimique s'évertuent à démontrer
que leurs actions protègent la nature !
Un colloque se tient à Lyon sur le marketing anti-pollution.
Il a été demandé à un important producteur de produits chimiques d'envisager
de ramasser les bidons vides laissés à l'abandon par les agriculteurs...
"trop onéreux", selon le responsable de la communication de cette
entreprise. "Sûrement moins onéreux que la dépollution de la nappe
phréatique d'une ville de 70.000 habitants" avait répondu le
directeur départemental du service des eaux.
Les
premiers contrats
1972 confirme la mise en place des contrats qualitatifs. Le 19 novembre 1972,
Raoul Lemaire nous quitte à l'âge de 88 ans.
La contribution de cet homme au monde agricole est proprement incroyable. C'est
le père de l'agriculture biologique pratique en France.
Il avait compris, en 1959, face aux trusts et lobbies, que la seule façon de réaliser
l'agriculture biologique, à savoir toutes les mises en place énumérées
ci-dessus, consistait à inclure dans le prix du produit tout ce qui permettait
la mise en place de cette agriculture, "il n'y a pas de réalisation
sans commercialisation" disait-il.
Cette théorie peut être combattue et elle l'a été. Il n'empêche que ce
visionnaire a été le principal artisan de l'implantation de la bio qui a fait
de la France le premier producteur d'Europe en 1975 !
Pierre-Bernard Lemaire continue l'œuvre de son père par son dynamisme et ses
écrits clairvoyants.
Jean-François Lemaire, travailleur acharné, doit assurer la lourde tâche de gérer
toute l'intendance de cette grande maison aidé par Louis Caye.
Claude Lemaire, digne successeur de son père, continue les travaux de
multiplication des blés dans la ferme expérimentale de La Glacière à
Meslay-du-Maine, en Mayenne.
Le
terme bio n'est plus interdit
1973 : création des premiers marchés biologiques à Grézien-la-Varenne dans
le Rhône, à Avrillé, près d'Angers, puis Bordeaux et d'autres de moindre
importance.
En août 1973, lors de son congrès à St-Maixent-l'Ecole, le syndicat des
agrobiologistes informe les adhérents que le décret du ministre de
l'Agriculture en date du 12 octobre 1972 n'interdisait pas le terme
"biologique", contrairement à ce que la note de service de la répression
des fraudes laissait entendre dans son bulletin intérieur de mai 1973
concernant la vente des fruits et légumes.
Le 17 mai 1973, l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe adopte
"la charte de protection du consommateur". Nous y relevons :
- Protection contre les préjudices matériels dus à des produits dangereux,
notamment les denrées alimentaires.
- Droit à réparation des dommages.
1974 :
le Congrès de Grenoble
Avril 1974 : publication du répertoire international qui donne la liste de tous
les producteurs engagés par contrats qualitatifs.
1974 : contact avec les représentants de l'agriculture officielle.
Congrès de Grenoble les 6, 7 et 8 septembre doublé d'une foire bio avec présentation
d'animaux et de matériel. C'est un succès considérable.
Invité, M. Fréjus-Michon, président de la Chambre d'Agriculture de l'Isère
et président de l'Assemblée permanente des Chambres d'Agriculture (APCA) témoigne
d'un esprit d'ouverture, comme il le dit dans son allocution : "Personne
n'a la vérité et l'agriculture biologique est une chose à encourager. Il est
bon de savoir se préoccuper aussi de la pollution de l'atmosphère, de la dégradation
des sols, du maintien de la fertilité dans certaines zones où l'humus s'épuise.
Pour les consommateurs il faut des garanties sérieuses. C'est très volontiers
que je vous confirme un désir de dialogue de la part des dirigeants agricoles.
Ce qui nous réunit est plus important que ce qui nous divise".
Avec ce congrès il n'est pas exagéré de dire que dans l'histoire de
l'agriculture biologique, il y a désormais avant et après Grenoble.
Comme disait Pierre-Bernard Lemaire après Grenoble : "il faut penser
que les polémiques stériles organisées à propos ou autour de l'agriculture
biologique peuvent être enfin dépassées".
Il aura fallu plusieurs années pour que se concrétisent ces bonnes intentions.
En juillet 1978 paraît le rapport de Jacques Poly, directeur général de
l'INRA intitulé : "Pour une agriculture plus économe et plus
autonome".
Sa lecture attentive ne peut que conforter le monde des agrobiologistes, et pour
cause : "ce sera à la fin du siècle une agriculture à valeur ajoutée
biologique maximale ou optimale :
- économe en moyens de production chers (énergie, engrais),
- propre, c'est-à-dire elle sécrètera le minimum de nuisances,
- économe par une meilleure récupération et valorisation des déchets,
- conservatrice du capital de production".
Il remarque qu'une tonne d'engrais azoté coûte trois tonnes de pétrole sans
parler des risques de pollution du milieu naturel.
Un rapport du Crédit Agricole souligne les dangers de l'endettement excessif
des agriculteurs dû à l'industrialisation de l'agriculture et l'utilisation
massive des engrais chimiques prônés par la loi d'orientation de 1960 !
Note des auteurs : il faut faire remarquer que, dans les années 1970, le Crédit
Agricole refusait catégoriquement tous les prêts aux agrobiologistes...
De son côté l'INRA a dénoncé les gaspillages auxquels peut conduire
l'agriculture industrielle.
Dans les années 80, on assiste au démantèlement progressif de la société
Lemaire, la principale organisation ayant porté l'agriculture biologique française
au premier rang en Europe. Question : était-ce programmé ?
La société française (que ce soit du temps des Pasteur, Claude Bernard,
Delbet, Kervran et de dizaines d'autres) empêche de tous temps les idées
novatrices de sortir du moule ou du cadre établi "par le dogme" et ce
dans beaucoup de domaines différents d'activité ou de recherche arrivées à
un certain niveau.
C'est la cas de l'agriculture biologique qui a été bafouée, attaquée,
ridiculisée aux yeux du monde agricole et du grand public. Et pourtant elle a
progressé et s'est imposée.
Comme disait Giorgio de Santillana : "Les gens commencent par nier une
chose, ensuite ils affirment qu'elle n'a guère d'importance, pour finir ils
proclament que tout le monde savait ça depuis longtemps".
A cette époque, la plupart des fermes agrobiologiques pratiquaient la méthode
Lemaire-Boucher, très implantée sur le terrain. La dispersion des hommes amène
l'agriculture bio à régresser pour devenir dans les dernières de la classe,
alors que les pays voisins sont encouragés officiellement dans cette voie.
Sous la pression et l'évolution de la bio hors frontières, le ministère de
l'Agriculture va prendre conscience du problème posé.
C'est dans la loi d'orientation agricole adoptée en avril 80 qu'apparaît
l'article 6 bis paragraphe 2 disant notamment : "Les cahiers des charges
définissant les conditions de production de l'agriculture n'utilisant pas de
produits chimiques de synthèse pourront être homologués par arrêté ministériel"
(le mot biologique n'est pas cité).
Le jour même où le Président de la république signe la nouvelle loi
d'orientation agricole, les représentants de l'agriculture biologique sont
longuement reçus au ministère de l'Agriculture par Claude Bernet, chef de
cabinet de Pierre Méhaignerie, ministre, assisté de M. Neuvy.
La bio
se structure
En 1980, les événements se précipitent et l'on voit la mise en place de
nouveaux organismes : la FNAB (Fédération Nationale de l'Agriculture
Biologique), l'IRAAB (Institut pour la Recherche et l'Application en Agriculture
Biologique), le CINAB (Comité Interprofessionnel de l'Agriculture Biologique),
présidé par M. Desbrosses qui s'est longuement expliqué sur la difficulté
pour arriver à cette création dénommée au départ "Charte de
Blois".
Ce laborieux travail "d'unification" de la bio est aussi l'oeuvre
d'Antoine Roig, auteur du cahier des charges de Nature et Progrès, l'action d'Eric
Dauchey, l'expérience du Pr Kelling, du Dr Pezé, Pierre Gevaert, Rémy Combe,
Victor Michon, Mme Degennes, Josette Ducom, Simone Brousse et les représentants
de l'équipe Lemaire.
Les anciens comme les nouveaux agrobiologistes se souviennent de ces noms car
c'est grâce à eux que l'agriculture biologique actuelle est prise en considération.
Cette année-là décède à 86 ans Henri-Charles Geffroy, fondateur de La Vie
Claire. C'est l'homme du pain complet et de la diététique par l'alimentation
naturelle, puis bio, dès la commercialisation des productions. Nous l'avons
signalé mais il est sans doute le pionnier par excellence dans le domaine
alimentaire.
C'est aussi la perte de Pierre-Bernard Lemaire en novembre pendant le congrès
de la Fédération européenne des syndicats d'agriculteurs biologiques à
Bordeaux.
Ces deux hommes, dans le domaine qui est le leur, laissent un souvenir impérissable
à ceux qui les ont connus car leurs écrits visionnaires font partie de
l'histoire de la bio.
10 mars 1981 : parution du décret concernant l'homologation des cahiers des
charges définissant "les conditions de production de l'agriculture
n'utilisant pas de produits chimiques de synthèse" (toujours pas de
mot biologique).
Le 30 mai, le décret précise que le contrôle des contrats qualitatifs doit être
réalisé par des organismes indépendants.
Au Salon de l'Agriculture à Paris, un grand stand "agriculture
biologique" est organisé par le CINAB auquel participent les différentes
tendances et mouvements de la bio.
En mars 1985 est mis à la disposition des agriculteurs le dossier sur : "La
réglementation de l'agriculture biologique". Ouf, le mot biologique
est enfin cité... Il aura fallu attendre 30 ans pour obtenir cette
reconnaissance.
La
France rattrape son retard
Voilà résumée pour nous l'histoire de la bio telle que nous l'avons vécue.
Ce sont des livres qu'il faudrait écrire sur cette épopée.
Nous avons eu la chance, dès 1962-63, de connaître et de côtoyer de grands
hommes, qu'ils soient chercheurs ou hommes de terrain. A leurs côtés nous
avons beaucoup appris et transmis. C'est là notre grande richesse.
Nous suivons en observateurs très attentifs la presse agricole officielle et la
presse spécialisée en bio sur la mise en ordre de marche de la nouvelle bio.
Nous restons "acteurs" en participant à divers salons, dont l'espace
bio à la porte de Versailles (1998-99 et 2000) et nous organisons, en très
bonne harmonie avec les responsables actuels de la bio en Anjou, le salon
Festi-Bio qui en est à sa dixième édition cette année 2000.
De nombreux organismes professionnels ont été créés depuis 1990, aidés en
cela financièrement par le ministère de l'Agriculture. Qu'il s'agisse du développement
sur le terrain confié aux chambres d'agriculture, la recherche et les expérimentations
par l'INRA (50 millions de francs) et tous les organismes chargés du contrôle,
de la vente des produits issus de la bio par les différentes filières et bien
sûr toutes les sécurités de transparence au niveau de la traçabilité.
L'histoire se renouvelle car il nous semble avoir vécu de tels schémas
d'organisation dans les années 75 !
La différence étant qu'il s'agissait d'entreprises individuelles, non aidées,
non subventionnées et qu'en l'an 2000, toute l'organisation de la bio bénéficie
des crédits alloués par l'Etat. Ils doivent permettre à la France de revenir
dans les premiers rangs de la bio en Europe.
Nous ne pouvons que souhaiter le succès à cette grande entreprise nationale.
Beaucoup d'animateurs de ces différents organismes n'étaient pas nés dans les
années 60. Qu'ils n'ignorent pas tous ceux, d'abord les producteurs qui depuis
30 ans ont fait la preuve de la vérité de la bio.
Nous applaudissons à ce nouvel élan de la bio dès lors que sera préservée
"l'éthique", c'est-à-dire de savoir pourquoi on décide une
conversion. Si jamais il ne s'agissait que de mode et de subventions pour décider
l'agriculteur à la conversion, la bataille de l'agriculture biologique est
perdue d'avance.
...D'autant que la trilogie NPK n'a pas abdiqué. Elle redresse la tête et les
lobbies industriels de la chimie et de l'agroalimentaire entament des campagnes
sur l'agriculture "raisonnée". Serait-ce donc que pendant des décennies
l'agriculture conventionnelle a été trop déraisonnable pour devenir folle ?
Ceci d'ailleurs pourrait expliquer cela.
L'agriculture raisonnée leur permettra de continuer les apports de NPK, en
moins grande quantité bien sûr, et à ce jour sans cahier des charges. Mais de
toutes façons le potassium restera l'antagoniste majeur du magnésium, clé de
voûte du monde vivant et l'azote l'antagoniste des oligo-éléments dont le
cuivre anti-infectieux.
Il faut le redire, il n'y a pour nous que l'agriculture biologique, la vraie,
qui permette de relier dans un même objectif la recherche de la fertilité de
la terre et la santé de l'homme.
L'équipe des Pionniers de l'Agriculture Biologique.
Le Buisson, 49430 Durtal, tél. / fax : 02.41.76.32.99.