CHRONIQUE
N°1 - Mai 2002
Association L'Eau à la Bouche
www.loalabouche.org
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Éthique de l'assiette,
Éthique de vie,
Et s'il n'y avait qu'un pas
Qu'il est agréable de bien manger ! S'alimenter est un acte indispensable à la vie, au
maintien des fonctions vitales, mais c'est également un plaisir quotidien. Cet acte banal
cache pourtant derrière cette apparente simplicité une réalité beaucoup plus complexe.
Je voudrais évoquer ici l'intimité de l'acte alimentaire. Car en effet, à part l'acte
d'amour, quoi de plus intime que de mettre des aliments dans son corps, de les
transformer, jusqu'à ce qu'en définitive, ils fassent partie intégrante de nous-mêmes,
de notre sang, de nos tissus, des cellules qui nous composent. Nous sommes ce que nous
mangeons, au sens propre !
Dans le contexte actuel où le contact avec la terre ne nous est plus familier, ce rapport
si intime à l'alimentation tend à s'éloigner de notre conscience. Les produits que nous
consommons ne nous apparaissent plus comme la somme du travail d'un agriculteur ou d'un
éleveur, d'un terroir, d'un savoir-faire. Ils représentent davantage une marque, un
nombre de calories, un assemblage de vitamines, voire un concept, une abstraction.
Cet élan vers une marchandisation de notre alimentation nous a conduit à devenir des
consommateurs inconscients de ce que représente véritablement un produit alimentaire ;
plus qu'une voiture, un ordinateur ou un forfait de téléphone portable
un produit
vivant.
Et pourtant, derrière la simplicité du mot produit, il existe une chaîne complexe de
personnes et de savoir-faire, il existe un terroir et une matière première vivante.
Prenons l'exemple simple d'un paquet de riz et regardons ce qui le compose : un terroir
(eau, sol, conditions climatiques), le paysan, ses conditions de travail, les semences,
les pesticides, les engrais, le prix d'achat du riz, les conditions de transport, les
conditions de raffinage de la céréale, le conditionnement et le coût de la
commercialisation de notre paquet de riz (publicité, communication, fabrication) qui
représente 10 fois le prix payé au paysan pour son riz, la distribution, le prix de
vente du paquet en grande surface, la marge du distributeur qui représente elle aussi 10
fois le prix payé au paysan pour son riz. Ouf ! Indigeste n'est-ce pas ?
Et pourtant, c'est ça un " produit ".
La globalisation dont nous sommes aujourd'hui les sujets exige de nous une vigilance et
une conscience en matière d'alimentation car nous sommes garants, au travers de cet acte
anodin qu'est l'alimentation, du respect de notre environnement, des conditions de travail
des agriculteurs et des éleveurs, des conditions d'élevage des plantes et des animaux
qui se retrouvent sur nos étalages, dans nos assiettes, et finalement, dans notre corps.
L'acte alimentaire, intime et quotidien, doit retrouver la place qui est la sienne. Non
plus une place secondaire mais une place essentielle ! Définissons les priorités qui
sont les nôtres aujourd'hui, hiérarchisons-les en conscience. Mon appartement, ma
carrière, mon besoin de reconnaissance, ma voiture, Le Bigdil, mon téléphone portable,
mes vacances à Marrakech, les dernières saucisses apéritifs knacky-ball, ma chaîne
Hi-Fi, Loft-Story, mon travail, mon patron,
?!? Pourquoi est-ce que je fais ce travail ?!?
Pour pouvoir m'offrir tout ce que j'ai cité avant ? Et la place de l'Homme dans tout ça
? Mes enfants, LES enfants, ma santé, LEUR santé, mon éducation, LEUR éducation
tiens au fait, suis-je disponible pour leur en donner une ? Ou bien est-ce la société,
une entreprise, qui vont s'en charger ? et mon accès à la culture, et LEUR accès à la
culture, à une information indépendante, et comment, et si, et pourquoi ?
Et pourquoi pas autre chose !
Nous sommes en droit de nous poser toutes ces questions. Plus que cela, c'est un devoir,
car les réponses, que nous possédons tous en général si nous nous accordons 5 minutes
de pause dans notre vie trépidante, nous démontrent finalement que nos actes sont bien
souvent en désaccord avec ce que nous pensons vraiment, avec les valeurs que nous portons
!
Alors pourquoi en sommes-nous arrivés là ?
Peut-être parce que nous avons choisi, consommateurs que nous sommes, d'acheter toujours
plus de produits et le moins cher possible. Peut-être parce que nous faisons une
confiance aveugle aux industriels de l'agro-alimentaire qui s'assurent de façon
économiquement bienveillante que nous mangions convenablement, que nos enfants mangent
convenablement.
Comment peut-on oublier qu'il y a un an à peine dans nos supermarchés, il y avait des
morceaux de viande, issus de vache ayant mangé de la vache. Qu'aujourd'hui, le poulet
d'élevage intensif que l'on achète au rayon boucherie de notre supermarché favori
contient des antibiotiques puisqu'il est élevé avec des compléments alimentaires qui en
contiennent afin d'accélérer sa croissance. Antibiotiques qui vont bien sûr passer dans
mon propre corps une fois qu'on les aura ingérés ! Car jusqu'à preuve du contraire, la
disparition spontanée de matière n'existe pas. Quoique Garcimore à sa grande
époque
Mon portefeuille est-il si important, que moi, en tant que consommateur, je fasse
tellement pression pour tout payer moins cher ! Au risque de faire produire de la "
merde ", pour pouvoir acheter de la " merde " pas chère, marquetée, quand
même, pour que je n'ai pas l'impression que ça en soit, pour enfin la digérer et la
transformer en
MOI !!! Non, non et non ! Mon portefeuille n'est pas si important que
cela.
La chance que nous avons de vivre en démocratie, d'avoir le choix, est aussi une
responsabilité. La liberté n'est jamais gratuite. User de sa liberté, c'est choisir !
Et quel autre choix aujourd'hui, face à ces dérives incohérentes, que de payer le JUSTE
prix pour notre alimentation. Nous nous devons d'être acteurs de notre consommation, car
c'est au travers de nos actes quotidiens que nous façonnons le monde qui nous entoure, du
plus proche au plus éloigné.
Et puis, le bien-être que l'on éprouve à agir d'après ses convictions profondes est
bien plus nourrissant qu'un hamburger. Non ?
La mondialisation est une chance, une nécessité, un progrès, tant que tout le monde en
profite équitablement. L'innocent petit paquet de riz que j'achète ici, a des
conséquences là-bas, en Chine, sur la vie d'une famille d'agriculteurs. N'ignorons pas
ces conséquences ! Car comment peut-on en tant qu'être humain, cautionner des conditions
de vie et de travail misérables et dégradantes, que ce soit pour nous-mêmes, pour nos
congénères ou pour l'environnement, bien commun de l'humanité.
Le véritable confort, durable, indestructible, inviolable, réside dans la conscience de
n'être pas nuisible.
Nous sommes garants de la Terre que nous souhaiterions laisser en héritage à nos enfants
et à plus court terme sur laquelle nous aimerions finir nos jours.
Fred GANA
Association L'Eau à la Bouche -
Chronique Mai 2002
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